28/03/2024

Audition Sénat - Commission Périnatalité, 25 mars 2024

Début mars, le Sénat a mis en place une mission d’information sur la périnatalité, présidée par Mme Emilienne Poumirol (sénatrice de la Haute-Garonne).

En effet, la situation plus que préoccupante de la périnatalité a interpellé les parlementaires, notamment devant le constat de la dégradation de la morbi-mortalité materno-foetale en France.

Le lundi 25 mars 2024, les représentants syndicaux des 3 spécialités centrales de la périnatalité ont été reçus par la rapporteure de la commission, Mme Véronique Guillotin (sénatrice de Meurthe-et-Moselle) :

  • Anesthésistes-Réanimateurs, représentés par deux administrateurs du SNPHARE (Dr Anne Wernet et Dr Mathieu Brière)
  • Gynécologues-Obstétriciens, représentés par deux membres du SYNGOF (Dr Pascale Le Pors et Dr Olivier Thiébeaugeorges)
  • Pédiatres, représentés par un membre du SNPEH (Dr Jean-Louis Charbernaud) et deux pédiatres libéraux.

Il est important de noter que ces 3 syndicats sont membres de l'intersyndicale Avenir Hospitalier / APH.

Après une présentation de la situation de l’état de la périnatalité par chacune des 3 spécialités, les membres de la commission ont pu poser de nombreuses questions aux représentants syndicaux.

Au total, ce sont près de 2 heures 30 de discussions, alors que l’audition devait durer une heure : preuve que la périnatalité impose qu’on s’occupe d’elle !

Pour les trois spécialités, un constat commun : l'organisation de la périnatalité doit être revue en profondeur afin d’inverser une tendance très inquiétante.

Plusieurs problèmes ont ainsi été soulevés :

  • La désertion des maternités :

Les médecins (anesthésistes-réanimateurs, obstétriciens, pédiatres) fuient de plus en plus les maternités en raison d’une activité toujours plus lourde, d’une responsabilité écrasante, et d’une reconnaissance insuffisante.

  • Les conséquences néfastes de l'intérim :

Le recours de plus en plus fréquent aux remplacements désorganise les équipes et met en difficulté tous les intervenants. Nous avons, par ailleurs, rappelé que les mesures (PST, PHC type 2 )  censées permettre de recruter des praticiens titulaires et faire des économies étaient peu efficaces voire contre productives. Des équipes stables sont nécessaires dans cette activité tellement multidisciplinaire et multiprofessionnelles !

  • Les fermetures itératives de maternité :

Les fermetures temporaires ou définitives de certaines maternités ont des conséquences désastreuses pour les parturientes mais aussi pour les équipes qui doivent absorber un surplus d’activité dans un contexte de tensions intenses.

  • Le dimensionnement inadapté des équipes :

Dans de nombreuses maternités, le nombre de personnels n’est plus adapté au nombre de naissances (en particulier dans les structures où les naissances sont très nombreuses : supérieures à 4000 / an) et/ou à des situations de plus en plus complexes.

  • Le manque de médecins formés :

Toutes les spécialités font le même constat, les médecins ne sont plus assez nombreux. Régulièrement, des praticiens qui n’ont pas ou plus les compétences nécessaires sont sollicités pour remplir des plannings de garde.

  • L’augmentation du nombre de situations complexes :

Du fait de l’augmentation de l’âge des patientes, des comorbidités maternelles, de l’obésité … la prise en charge des grossesses, des parturientes et des nouveau-nés est de plus en plus lourde. Cette situation impose la présence de moyens et de personnels suffisants.

  • L’absence de prise en compte de la pathologie maternelle dans les niveaux des maternités (corrélé au risque néonatal) :

Actuellement, les niveaux des maternités sont établis en fonction de la prise en charge néonatale. Cette classification n’est pas adaptée à la prise en charge maternelle.

Après avoir évoqué les difficultés actuelles et leurs conséquences potentielles en termes de morbi-mortalité materno-foetale, des propositions ont été faites afin de revoir l’organisation de  la périnatalité.

Un but commun : garantir la sécurité des parturientes et des nouveau-nés.

Comment y parvenir ? En imposant la présence continue de personnels qualifiés et en nombre et en prévoyant un accès rapide à un plateau technique adapté !

  • Concernant la formation : il a été rappelé l’importance d’une formation initiale adaptée et d’une durée suffisante pour la pratique d’une activité à haut risque mais aussi celle d’une formation continue permettant le maintien des compétences ou la remise à niveau de praticiens afin de leur permettre de revenir dans les maternités en toute sérénité.
  • Concernant le nombre de personnels, plusieurs points doivent être revus :
    • Des équipes clairement définies (ou redéfinies), tant sur le plan médical que paramédical.
    • Un nombre de professionnels adapté au nombre de naissances mais aussi à la complexité des situations, permettant de prendre en charge de façon optimale les patientes, même en cas de forte activité.
  • Concernant l’accès rapide à un plateau technique, nous avons insisté sur le fait que, la survenue de complications graves étant imprévisible, il était primordial de garantir un accès rapide et organisé pour toutes les parturientes et nouveau-nés à l’ensemble des services et personnels impliqués dans ces prises en charges lourdes (soins critiques adultes, embolisation, bloc opératoire).

Nous avons également insisté sur la nécessité de prendre en compte les comorbidités maternelles dans l’organisation des maternités.

Ensuite, nous avons abordé le sujet des maisons de naissance, en expliquant que, si ce système pouvait répondre à des attentes des usagers, il était impératif de garantir la sécurité des patientes et d’effectuer une évaluation exhaustive de ce mode d’accouchement.

Enfin, suite à une question sur les accouchements à domicile prévus, nous avons rappelé les dangers de cette pratique et nous avons demandé qu’une information loyale et claire soit faite auprès des usagers.

Le SNPHARE saura défendre la périnatalité et les praticiens impliqués.

Crédit photo : SNPHARE, avec l'aimable autorisation des membres du SYNGOF Dr Pascale Le Pors, Dr Olivier Thiébeaugeorges.